Où en est-on avec l’indépendance de la Catalogne ?

 

Le 1er octobre 2017, les Catalans auront à se prononcer sur l’indépendance de leur région jusqu’alors soumise au statut de communauté autonome sous gouvernance espagnole. Sujet tabou pour les Espagnols, cette date pourrait entrer dans l’histoire comme celle de la naissance d’un nouvel Etat européen qui, sur le plan historique, n’a jamais véritablement existé en tant que tel ni réellement unifié, découpé entre la France et l’Espagne. Alors, quel avenir politique pour la Catalogne ? 

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Le 11 Septembre 1714 marque la fin de l’indépendance catalane

Terre autonome, quasi-indépendante depuis des siècles, la Catalogne n’a jamais été indépendante en tant que telle, liée tantôt à la couronne des Habsbourg d’Espagne et tantôt à celle de la France, qu’il s’agisse de l’Empire Carolingien ou du Ier Empire de Napoléon Ier. Or, une date est souvent répétée dans les manifestations indépendantistes catalanes : celle du 11 septembre 1714, date de la capitulation de Barcelone face aux troupes françaises lors de la guerre de succession d’Espagne. En effet, cet épisode marque la fin de l’autodétermination catalane sous la tutelle des Habsbourg et le rattachement de la Catalogne au pouvoir central madrilène.

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Barcelone assiégée en 1714

Cependant, la Catalogne a depuis longtemps cherché à mettre en avant sa propre culture, son histoire propre, distincte de celle de l’Espagne ou de la France. Région frontalière, la Catalogne partage une histoire commune avec le Languedoc et la Provence, que ce soit au travers des comtes de Barcelone puis de Majorque ou encore de la bannière « sang et or » provençale, héritage des Catalans. Les comtes de Barcelone viennent notamment en aide à leurs « frères » cathares durant la croisade au XIIIe siècle. Histoire commune donc mais particulière aussi, la Catalogne, par l’intermédiaire de la Couronne d’Aragon, a régné sur une bonne partie de la Méditerranée occidentale allant du Pays Valencien au sud de l’Italie ; on parle ainsi toujours catalan, aujourd’hui, dans la ville sarde d’Alghero. Un passé prestigieux mais aussitôt oublié au moment de l’union avec la couronne de Castille puis de l’annexion à la suite du siège de Barcelone.

 

Les troubles politiques en Espagne mettent fin à la réaffirmation indépendantiste catalane

Il faut attendre le XXe siècle pour voir renaitre les velléités d’émancipation catalane et d’auto-détermination de la région. La Catalogne n’est déjà plus la même, divisée par la frontière franco-espagnole entre le Roussillon et la Catalogne « sud », de même que l’Aragon et le Pays Valencien qui font désormais cavaliers seuls. Néanmoins, des partis indépendantistes émergent déjà en Catalogne « sud » avec Solidaritat Catalana qui obtient lors d’élections régionales en 1907 la quasi-exclusivité des sièges (41 sur 44). Le mouvement disparait toutefois en 1909 à cause de tensions internes quant à l’orientation générale à donner à la mouvance. Dans le même temps en France, la IIIe République mène croisade contre les langues et cultures régionales et donc contre le Roussillon où l’on a de moins en moins conscience d’être Catalan ; les regards se tournent vers Paris et non plus vers Barcelone. En 1925, la dictature de Primo de Rivera, en Espagne, porte un nouveau coup dur aux mouvements indépendantistes catalans. Il faudra attendre 1932 et l’avènement de la Seconde République espagnole pour que la Catalogne obtienne un statut d’autonomie politique.

Avec la guerre civile, la Catalogne a pourtant une ultime occasion de se libérer de la tutelle de Madrid et de l’Espagne, elle est l’un des derniers bastions républicains et lutte jusqu’au bout pour sauver son indépendance et l’Espagne. Barcelone expérimente même un système d’anarchie politique comme l’a si bien décrit George Orwell dans Hommage à la Catalogne.

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Maria Ginestà, toulousaine de 17 ans engagée au côté des troupes républicaines catalanes ici sur le toit de l’hôtel Colón à Barcelone

Avec la victoire du Général Franco, c’est l’idée-même de Catalogne qui disparaît : interdiction de parler catalan en public, interdiction et autodafés des livres catalans, censure de masse contre les journaux et les personnalités catalanes… Un nom est alors resté dans l’histoire : celui de Lluys Companys, figure de l’indépendantisme catalan. Président de la communauté autonome de Catalogne, il refuse de baisser les armes face aux Franquistes. Condamné à mort, il tombe sous les balles nationalistes avec aux lèvres ces mots : « Per Catalunya », triste symbole d’une Catalogne touchée en son coeur.

Jusque dans les années 1970, la Catalogne disparaît totalement de l’histoire, de la mémoire commune, et n’est plus qu’une région assujettie à l’Espagne et à Franco. Il faut attendre 1978 pour un retour des structures politiques catalanes avec le statut de Généralité, un parlement catalan et une langue catalane à nouveau autorisée et rendue co-officielle avec l’espagnol et l’occitan dans le Val d’Aran. La Catalogne renaît alors peu à peu de ses cendres.

Mais qu’en est-il depuis ? Comment la Catalogne en est arrivée à demander une indépendance totale ?

La crise économique a violemment frappé la Catalogne et la peur d’une perte d’identité catalane a paradoxalement entrainé un regain d’intérêt pour la culture éponyme. Si l’on ne peut imputer la volonté d’indépendance à la seule crise économique, elle en est néanmoins un facteur essentiel. La Catalogne est la première économie d’Espagne, représentant un PIB annuel d’environ 202 milliards d’euros et constituant donc la locomotive économique du pays, d’où le sentiment de payer la crise pour toute l’Espagne.

Mais comme toute économie forte, la Catalogne a été plus férocement touchée par la crise. La récession, depuis 2009, a été – sans discontinuer – d’environ 2% et le chômage s’élève à 19% ; certes plus bas qu’ailleurs en Espagne, mais tout de même conséquent. Notons surtout la dette colossale contractée par la Catalogne : elle est la 3ème la plus élevée des régions espagnoles, 42 milliards d’euros – soit 32% de son PIB – véritable fardeau pour la région qui doit aujourd’hui la rembourser en même temps que rentabiliser ce pour quoi elle s’est endettée. La puissance du tissu industriel catalan a également été grandement fragilisée mais la reprise récente du secteur automobile autour de Seat, Fiat ou encore Volkswagen permet d’entretenir de bons espoirs.
Enfin, le tourisme est une véritable manne économique pour la Généralité puisque la Catalogne est aujourd’hui la première région touristique d’Espagne avec plus de 20 millions de touristes chaque année pour une part du secteur touristique estimée à 60% de l’économie catalane.

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Mais ce tourisme de masse inquiète bon nombre de Catalans qui assistent, impuissants, à la dénaturation des paysages de la Costa Brava, à la hausse des prix de l’immobilier et à l’impossibilité de préserver leur culture, leurs paysages et leur mode de vie pour une nouvelle culture : celle des services et du tourisme. En témoignent les violences récentes contres les touristes via l’expression « Tourists, Go Home ! ». Ce problème du tourisme de masse entraîne depuis le début des années 2000 un repli de plus en plus conséquent autour de la culture catalane.

« Nous sommes une nation. Nous décidons »

Ainsi, depuis le 11 septembre 2010 et la première manifestation géante pour l’indépendance, celles-ci ce sont multipliées autour du slogan « Som una Nació. Nosaltres decidim » (Nous sommes une Nation, nous décidons). En 2012, la Généralité demande l’organisation d’un premier référendum, refusé par l’Espagne. Cela entraîne de facto des élections régionales anticipées et la crise entre l’Espagne et la Catalogne ne fait que commencer. Le 9 novembre 2014, se tient le premier référendum pour l’indépendance mais il reste informel car à nouveau refusé par Madrid. Le résultat est sans appel : 80% des votants se sont prononcés pour l’indépendance mais le taux de participation est très – trop – bas, concentrant seulement 33% de votants et donc non représentatif. Artur Mas, président de la Généralité, a par ailleurs été récemment condamné par la justice espagnole pour la tenue de ce référendum et n’a plus le droit d’exercer de fonction élective pendant deux ans. La crise entre alors à son paroxysme.

Une majorité de plus en plus nette pour l’indépendance

La situation politique interne à la Catalogne a aussi évolué. Depuis janvier 2016, les indépendantistes sont majoritaires au parlement catalan avec le soutien du mouvement séparatiste europhobe et anticapitaliste Candidature d’unité populaire (CUP) qui a permis d’ajouter les 10 députés manquants pour obtenir une majorité. La nouvelle majorité indépendantiste a par ailleurs indiqué qu’elle ne respecterait que la « légalité catalane », se moquant ainsi de l’avis de Madrid sur la tenue ou non d’un référendum. Voilà qui donne le ton sur l’avenir de la Catalogne. De même, Madrid a renforcé sa position contre Barcelone et ses volontés indépendantistes en condamnant en plus d’Artur Mas l’ancienne ministre régionale de l’éducation Irène Rigaud et l’ancienne vice-présidente du gouvernement catalan, Joana Ortega, ainsi que le vice-président de la Généralité, Francesc Homs. Ces condamnations successives sont insolites et démontrent, d’une part le manque d’assurance de Madrid sur la question et d’autre part, la détermination des autorités catalanes.

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Rassemblement devant le parlement catalan le 11 juin à Barcelone

Le 1er octobre 2017 sera donc un point de non-retour. Le référendum, qui se tiendra dans un contexte politique extrêmement tendu, précisera enfin l’avenir de la Catalogne. Les Catalans auront à répondre à la question suivante : « Voulez-vous que la Catalogne soit un Etat indépendant sous la forme d’une République ? » Réponse dans les urnes en octobre, afin d’être enfin fixé sur l’avenir de la région.

 

                                                                                                                                     Samuel Touron

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