Perpignan face au défi de la pauvreté

La ville de Perpignan située dans le Sud de la France, à quelques kilomètres de la frontière Catalogne Nord/Espagne, fait partie du département des Pyrénées Orientales dans la région Occitanie. La ville catalane a donc une prétention touristique avec cette image idéalisée du Sud au soleil entre mer et montagne. Malgré ce cadre idyllique, Perpignan ainsi que ses homologues de l’Hérault sont aussi connus pour leurs places peu enviées dans le classement des villes les plus pauvres de France. La ville semble être gangrénée depuis une vingtaine d’années par la pauvreté. Ainsi les rapports de l’INSEE 2013 et Compas 2016 estiment que la ville des rois de Majorque se retrouve à la 10ème place du classement, dont le quartier du Bas-Vernet est classé comme étant le 6ème quartier le plus pauvre du pays. Un grand nombre de personnes vit sous le seuil de pauvreté avec un revenu situé entre 840 et 1000 euros par mois, voire inférieur. Nous sommes donc loin de l’image touristique d’une ville du Sud dynamique sous un climat favorable. Les origines de cette pauvreté sont variées et complexes mais sont surement le résultat d’une politique urbaine ségrégative, limitée par le secteur tertiaire avec une gentrification de plus en plus présente. 

Une urbanité sélective entre le centre de Perpignan et sa périphérie

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Vue sur une rue du quartier Saint-Jacques, historique et déshérité quartier de la cité catalane

Perpignan expose beaucoup de frontalité entre un foyer commercial et touristique que l’on peut qualifier de « zone de confinement » (immobilier coûteux, place de la Loge et ses commerces) et ses quartiers peu propices au développement avec la présence des communautés gitanes et arabes exclues physiquement de ce centre. Il y a donc peu de renouvellement urbain qui permet un possible échange. Un des lieux emblématiques et populaires de la cité catalane est le quartier Saint Jacques, représentation même de ces différences. Ce quartier se trouve sur une des hauteurs de la ville et est très populaire, zone de passage obligée pour joindre le centre de Perpignan (Place Cassanyes, rue de l’Université…). Ce quartier est d’abord mixte, partagé par des populations gitanes, magrébines et bourgeoises dans les années 1980. Cependant, début 1990, le quartier se vide peu à peu ne laissant sur place que la partie de la population défavorisée. Surnommée la « réserve d’Indiens » par les Perpignanais, le quartier devient l’ombre de sa gloire passée se transformant en ghetto. Ce grand isolement est aussi caractérisé par des tensions communautaires et par la place qu’occupe le quartier comme symbole des disputes de l’électorat politique local. En effet, le quartier pilier de la droite locale active durant les élections municipales de 1993, les ambitions de la gauche départementale qui tente de s’emparer du quartier Saint Jacques : le quartier est donc marqué par les ambitions politiques des deux partis qui mènent une politique sociale et urbaine sur fond de clientélisme. Par exemple, les mandats de P. Alduy et de J.P Alduy élu depuis 1993 proposent un système fondé sur le clientélisme municipal, la mise en place d’un pouvoir municipal fort, rythmé par un encadrement urbain qui se résume par un « registre ethnique ».

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Une voiture dans le quartier Saint-Jacques écrasée par les débris d’un immeuble qui s’est effondré faute de travaux de réhabilitation

De ce fait, les deux communautés sont partagées entre Saint Jacques (centre-ville gitan) et le quartier du Moulin à vent (Pieds Noirs au sud de la ville).  Le but de cette politique est, selon J-P. Alduy, un moyen de « continuité dans le changement ». Ce dernier essaie une politique urbaine qui se résume à un quadrillage des quartiers de la ville et change l’approche clientéliste à celle d’un communautarisme religieux. Selon David Giband dans le numéro 120 de la revue de géographie Herodote, cette façon d’encadrer les quartiers ne supporte pas « un système géopolitique rénové […] incapable de contrôler son territoire ». Politique « rénovée » certes mais loin de la réalité du terrain et des tensions communautaires qui en découlent. Tensions si fortes que les quartiers s’affrontent au début des années 2000. Cette guérilla urbaine débute avec la mort de Mohamed Bey-Bachir en 2005, année qui cristallise véritablement la violence, la pauvreté et l’isolement accumulés durant ces dizaines d’années, de géopolitique local au service d’un clientélisme nauséabond. C’est ce qu’explique le professeur de sociologie et d’anthropologie de l’université de Perpignan, Ahmed Ben Naoum : «La mort du jeune Bey Bachir n’a rien d’un crime raciste. Mais elle a provoqué un repli communautariste terrifiant, avec en toile de fond un quartier où tous les exclus sont ghettoïsés depuis des décennies ». Pourtant, on ne constate aucune évolution majeure de la gestion de ce territoire où la municipalité tente de consolider les immeubles délabrés du quartier qui menacent de s’effondrer.

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À la suite du meurtre de deux maghrébins, les tensions resurgissent entre la communauté maghrébine et la communauté gitane, du 22 au 29 Mai 2005, Perpignan s’enflamme.

Un essoufflement politique dommageable pour les habitants de ces quartiers, sans oublier la perte que cela représente pour le patrimoine régional qui perd des bâtiments vieux de plusieurs siècles et qui ont fondé l’âge d’or médiéval de la Catalogne. Afin d’éviter la prolifération de ces habitats insalubres des opérations de démolition sont mises en place depuis deux ans. Ainsi, déjà 15 immeubles ont été détruits et remplacés courant 2017. Néanmoins, ce plan consolidé par les fonds de l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU) effraie les habitants de Saint Jacques qui craignent d’être poussés à quitter les centres historiques de Perpignan au profit d’une gentrification grandissante.

Un renouveau urbain peu concluant : Le cas du Centre del Món

En 2010 l’ancienne gare de la ville est rénovée et rebaptisée selon la fameuse phrase de Salvador Dali « la gare de Perpignan, centre du Monde », puis inaugurée en même temps que la nouvelle ligne TGV Barcelone/Perpignan. Le but de cette restauration était de faire de l’ancienne gare un véritable complexe commercial, accompagné de 1000 places de parking, de quoi redynamiser la surface marchande. Néanmoins le complexe n’attire pas et les grandes boutiques qui se trouvaient dans la galerie marchande partent au bout d’un an. Aujourd’hui l’espace est partagé par un hôtel ouvert dans l’aile gauche du bâtiment et quelques petits magasins. Depuis huit ans le complexe commercial est le symbole d’un échec et un gouffre financier, sujet encore sensible pour la municipalité. Cependant, un dernier espoir peut encore sauver cette structure partiellement utilisée. Le groupe immobilier perpignanais Sofidec a racheté cette année le bâtiment et ses galeries après une transaction de 14 millions d’euros. Sa stratégie est la location et vente de 10 000 m2 de surface de bureaux jusque-là jamais utilisés. Donc une stratégie différente, fondée sur la mise en place de services (pharmacie, notaire, centre médical) qui manquent cruellement en début de périphérie de la ville.

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La gare de Perpignan et la galerie commerciale El Centre del Món

Autre changement non négligeable dans la cité méditerranéenne qui amène du renouveau dans la ville : le musée Hyacinthe Rigaud. Ce musée vient d’ouvrir ses portes cette année près de la place de la République et rassemble de nombreuses œuvres de l’artiste catalan mais également du patrimoine médiéval de la ville. Malgré la création de nouveaux centres culturels au centre-ville comme celui-ci, les rues de la ville restent peu fréquentées en dehors de la saison touristique.

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Les aménagements publics et la réhabilitation du centre-ville de Perpignan depuis les années 1990.

In fine, le bilan est mitigé. D’un côté nous nous retrouvons face à une ville au potentiel fort et unique, étant une zone tampon entre la frontière Franco-espagnole, sans oublier le charme et le patrimoine de la ville. D’un autre côté, Perpignan a du mal à se défaire d’une politique urbaine peu dynamique qui attend l’effondrement des quartiers populaires par leurs propres maux. Le centre reste privilégié mais se paupérise de plus en plus avec la fermeture des commerces du centre causée par la hausse des prix de l’immobilier et une économie restreinte par le tertiaire, principal domaine d’activité et de revenus pour la région.

                                                                                                                                   Sarah Mangogna 

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